C’était «bien»…

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Hier, ma première journée à l’Art Institute de Chicago. Mon projet c’est d’y aller trois ou quatre fois par semaine pour regarder les tableaux et les gens qui regardent les tableaux. Plusieurs sujets m’intéressent, mais il y en a un qui me préoccupe par-dessus tout: comment sont les expériences des gens devant un tableau? Qu’est-ce qui forme leur expérience? Avec quelles connaissances viennent-ils aux musées? Comment appliquent-ils ces connaissances pendant leur visite? Qu’est-ce que nous pouvons faire en tant qu’enseignants (ou professeurs ou parents) pour promouvoir des expériences profondes aux musées? Car de telles expériences peuvent en fin de compte informer, même transfiguer les expériences qu’on éprouve avec soi-même, avec autrui et avec le monde. (Cette dernière phrase est si prétentieuse que j’ai du mal à ne pas l’effacer, mais pensez au fait qu’un ciel lumineux arrive à destresser, même enchanter des gens tandis qu’il y en a d’autres qui mettent tout simplement leurs lunettes de soleil!)

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Hier au musée j’ai fait la connaissance d’une femme qui visitait l’Art Institute pour la première fois; elle était venue pour le Festival de Jazz et sa soeur lui a dit d’aller voir le museee. Elle faisait la queue au vestiaire avec moi; je lui ai demandé si on ne pouvait pas se voir après deux heures de visite pour qu’on discute de ce qu’elle a vu. Elle a accepté.

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Ce qui m’a frappé (à part le fait qui je n’étais pas de tout préparée à interviewer quelqu’un – bref, je crains), c’est qu’elle a utilisé le même adjectif pour les quatre tableaux qui lui avaient impressionné: ils étaient «bien». Comment étaient-ils bien? Elle ne savait pas, ils étaient tout simplement bien. Vraiment bien. Alors, je ne mets pas en question l’expérience de cette femme (qui était déjà assez gentille de parler avec une étrangère un peu dingo qui sent (oui!) le patchouli de ses expériences personnelles dans un musée). Pourtant, ce qui me laisse perplexe c’est la possibilité que l’appauvrissement du language peut limiter en quelque sorte l’expérience d’une personne. «Bien» n’a pas vraiment de sens descriptif. C’est comme «sympa» ou «intéressant» qui veulent tout dire et rien de tout, qui peuvent même dire «c’est de la merde» quand l’interlocuteur veut être (ha!) «sympa».

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Il me semble que dans le monde des blogs (je suis débutante) ce post devient un véritable testament, alors
nje vous laisse avec une question et une observation. D’abord, la question: y a-t-il un rapport entre l’appauvrissement du langage et l’appauvrissement de l’expérience? Ensuite, l’observation: c’est des Remarques sur la couleur de Wittgenstein que je cite en anglais en attendant qu’un lecteur me donne la citation en français: «To observe is not the same thing as to look at or to view. […] One observes in order to see what one would not see if one did not observe. » L’observation, une plénitude d’observation (ou son contraire) dépend-elle sur le langage?

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